Dédié à Isabelle L., Isabelle N., Martine F., François W., et bien d’autres dont mes générationnels clermontois.
Rétrospective
En 2012, tu as bu du champagne avec les copains . Fini le guignol et sa Carla, enfin un président normal, pas bling bling, et un président de gauche, ennemi de la finance. Ah ! Ils vont moins rigoler les patrons, vont se mettre au pas, demander l’autorisation de licencier, ils devront avoir de bons arguments ! enfin du socialisme dont la couleur finissait par se ternir hors des lustres élyséens.
La visite si rapide du président normal (et mouillé) à Merkel t’interpelle un peu…de quoi elle se mêle celle là ! Bah ! Il va lui dire, il va lui dire que la France est redevenue socialiste et qu’il va bien falloir qu’elle s’y fasse.
Le temps passe et rien ne se déroule comme tu pensais. Tes enfants commencent à ruer dans les brancards. Tu temporises « attendons un peu encore »…puis tu sors ton argument choc, le seul « ils ont quand même voté le mariage pour tous » ….merci Christiane qui relève un peu le niveau. Tu le défends le président normal, « le scooter ? Une anecdote, il a bien le droit, c’est sa vie privée », les mesures contre la finance ? « elles vont venir, il faut réfléchir, ne pas faire n’importe quoi ».
Un jour, le ministre B. Hamon vient rendre visite à ta fédération, il explique les lois qu’il a fait voter. Elles sont bonnes, elles défendent le consommateur, te voilà un peu rassurée, mais ce n’est qu’un ministère et pas des plus importants. Tu aimerais qu’il soit ministre du travail, de l’éducation, de la santé, de la justice etc…mais bon, il ne s’occupe que de consommation.
Et puis tu craques, le projet de loi sur la déchéance de la nationalité a eu raison de toutes tes résolutions, c’est indéfendable. Alors tu ne dis plus rien, tu rases les murs « la politique ? Bah ça ne m’intéresse plus beaucoup »
Quelques ministres partent dont B. Hamon, tu les comprends, tu les écoutes.
Le coup de grâce est donné avec la loi travail, tu ne parles plus du tout de politique avec qui que ce soit.
L’année folle
Les élections de 2017 se rapprochent…tu es encartée, alors tu bosses, tu vas tenir un bureau de vote pendant la primaire de gauche, même si tu ne vas plus au réunions du PS.
Tu as déjà intégré l’idée que Fillon gagnera cette élection, tous les médias le disent, et de plus un trublion va faire de l’ombre au candidat socialiste, ça, tu commences à le comprendre…et ce trublion ne te dit rien qui vaille.
Tu es chargée d’ouvrir les enveloppes au premier et deuxième tour et tu égraines « Hamon, Hamon » dix fois, puis une « Valls » et re « Hamon, Hamon »….une voix en tout pour De Rugy, quel score pour un futur président de l’AN ! Ici, Hamon fait encore beaucoup plus qu’au national. Sa victoire à la primaire te redonne un coup de fouet. Déjà, de voir Valls, que tu ne peux pas blairer , éliminé te remonte le moral.
L’année folle a commencé !
La campagne est déjà bien entamée et tu n’as vu personne de ta section, reçu aucun message, pas de plans de distribution de tracts…rien.
Tu « fais campagne » toute seule sur les réseaux sociaux, prends des tonnes de contacts, écris tous les jours, même si tu n’as aucune idée de l’impact que cela aura.
Fillon explose en vol, il l’a bien cherché le croque mort, si sérieux, si « honnête », l’homme qui a tenu tête à Sarkozy mais dont tu présages qu’il est pire….tant mieux.
Mais il reste l’autre là ! Le « ni ni » qui hurle à faire peur, tu as un très mauvais pressentiment.
Ta section est toujours aux abonnés absents, la fédé aussi….sauf quelques hamonistes mais tu n’en entends pas parler encore, tu ne le sauras que plus tard.
Tu lis le livre/programme de Hamon, rien à jeter, tu souscris à 100 %, pas de malaise, c’est déjà pas mal, tu as trouvé THE candidat. Tu fais des kilomètres pour aller à un de ses meeting, en état de grâce, tu te sens bien, tu as les larmes aux yeux, tu l’aimes de nouveau la politique. Tu ne manques pour rien au monde ses interviews, meetings sur le net, tu as même le courage de regarder le débat à la télé, morte de trac.
Les sondages sont de moins en moins bons, les caciques du PS partent chez EM les uns derrière les autres, un peu tous les jours, comme un supplice. Tu ne leur pardonneras jamais, même à Delanoé que tu aimais bien…jamais !
Tu as compris que ce ne sera pas pour cette année. L’étiquette « socialiste » colle à la peau de Hamon et lui est bien néfaste, le peuple est comme ça, il punit même ceux qui ne sont pas responsables et qui se sont élevés contre cette fausse gauche aux relents de libéralisme. Il est incapable de faire la différence avec les autres PS, pas assez de culture politique.
Et puis l’autre, l’arrogant avec son ni ni, avec ses arguments si vides et flous laisse une porte ouverte pour les désespérés de la politique. Il est jeune, semble dynamique….beaucoup ne lisent pas entre les lignes et ne font aucune analyse du personnage. Ceux là vont nous embarquer sur le Titanic…
Et tu mesureras le degré de ton influence familiale et amicale égal à zéro puisque des socialistes avérés clameront qu’ils voteront Macron pour éviter Le Pen, balançant leurs convictions par dessus bord….tu ne leur pardonneras pas, même si tu n’as pas coupé les ponts, il est des rancœurs qui restent.
Désespérant ! 6 % !! injuste et révoltant. Quelle déception ! Tu pensais qu’il ferait plus, même si tu avais admis qu’il ne serait pas élu. Va faire une opposition crédible avec un score pareil !
Au deuxième tour, tu resteras chez toi, amère. Tu ne peux pas voter pour ce type, ce n’est juste pas possible…aucun argument ne te fera changer d’avis. Tu lorgnes tout de même sur les sondages, au pire, tu iras en te bouchant le nez s’ils sont alarmants. Mais la situation est sous contrôle, le FN fait en sorte de ne pas accéder au pouvoir, il n’en a pas les moyens, leur candidate est une incapable et fait un débat déplorable.
Ensuite, après la soirée électorale du deuxième tour où tu as regardé un bon film pour oublier quelques heures cette catastrophe, tu notes que les législatives n’apportent aucune bonne surprise, nous allons donc marcher pendant 5 ans !
Un jour, tu lis dans les médias que B. Hamon va construire un mouvement. Un mouvement ? Quelle idée ! tu as la culture du parti, avec ses règles et ses lois. Faire de la politique autrement ? Pourquoi pas ? Alors tu fonces, tout à gagner, on tente le coup.
Tu veux être partie prenante à cette folle journée de Reuilly, tu feras des kilomètres pour ça . Tu te régales, regardes tout le monde avec bienveillance, fais la connaissance de merveilleuses amies des RS. Tu rentres épuisée mais si heureuse, tu aimes être battante et tu as retrouvé du punch.
La première chose que tu fais en arrivant est de démissionner du PS. Ce n’est plus de la détestation, c’est de l’aversion, tu as « la haine ». Tu rencontres tes camarades de section dans un bar, ils t’ignorent…tant pis, tant mieux.
Un groupe M1717 se forme à Clermont. Tu ne manques aucune réunion, tout est à construire, tout le monde a le soucis de bien faire, dans l’horizontalité, dans la démocratie. Tu te sens bien dans ce groupe, il se construit lentement mais sûrement. Quelques accrochages ? Normal, c’est bien mieux que l’indifférence et le laisser aller, cela montre le soucis de chacun de faire au mieux.
La visite et la rencontre avec B. Hamon venu à Clermont pour une conférence est un must. Des liens entre hamonistes se nouent de plus en plus, il fédère.
Toi, tu continues ta campagne, elle va durer 5 ans, tu ne lâcheras jamais, tu es tellement scandalisée par ce gouvernement ultra libéral, arrogant, inhumain, indécent et odieux, encore pire que ce que tu imaginais de pire ! Le personnage du président t’insupporte. Le matraquage des médias te fait fuir. Alors tu écris, tu écris pour évacuer.
Et début décembre, vers la fin de cette année folle folle folle, le mouvement prend son envol au Mans, génération.s est né et bien né. L’année 2018 sera générationnelle !!



Oh comme je partage ce texte !! Merci Claudine
Merci Claudine, je pleure de plaisir à te lire, tout y est, on revit tout, on se souvient… Je n’aurai jamais de mots assez forts pour le remercier davoir ouvert les barrières de cette si belle prairie, les rencontres que cet élan incroyable a fait naitre, et ces amitiés puissantes car sous le sceau de la politique ! On va en baver mais on ne lâchera rien !
Merci belle plume !