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Fernande, mon héroïne

Fernande, tu aurais pu t’appeler Maria ou Julietta tant tu étais une mama italienne, mais tu t’appelais Fernande. Prénom désuet, ridiculisé par Brassens et je lui en veux un peu pour ça, tu étais ma Fernande, celle que je ne voulais prêter à personne. Tu aurais 115 ans aujourd’hui, plus que les rides, ce sont ces calculs qui vous jettent à la face le temps qui passe et les années accumulées.

Fernande, tu as traversé les trois quart du siècle dernier, et quel siècle !, et tu avais tant de choses à raconter. Témoin et aux premières loges de deux guerres, même trois, devenue spécialiste de la survie, du « on continue », tu as connu des moments forts, violents, heureux et malheureux. Tu as tout assumé avec courage, détermination mais aussi avec ruse et c’est ton amour des tiens qui t’a portée même aux pires moments. Ton histoire est celle de millions de femmes qui, dans ces périodes de domination masculine, ont su jouer un rôle bien plus important qu’on ne le dit. Tu as connu, enfant, la guerre affreuse, sur le front de l’est, quasiment plantée au bord des tranchées, puis les années folles, le luxe et la bourgeoisie mosellane avant de tout perdre dans un exil « in extremis » au fin fond de l’Auvergne, dans un train poursuivi et bombardé par les allemands. Il a fallu tout recommencer, avec trois enfants, l’occupation et la peur. Tu t’en es bien sortie, tu as relevé la tête, oublié le luxe et la bourgeoisie pour des petits plaisirs gratuits. Tu as assumé la perte de ta fille de vingt cinq ans, morte des suites de la guerre et à qui je ressemblais tant au même âge, même si longtemps après, les larmes perlaient à tes yeux à son évocation. Tu étais une femme forte, douce, tendre et tu avais même un humour fou.

Tu es celle que mes enfants n’ont pas connue et je t’en veux de ne pas les avoir attendus. Je me donne comme mission de te faire revivre par les mots, c’est tout ce que j’ai trouvé pour qu’ils sachent d’où ils viennent.

Alors je vais l’écrire ce bouquin, peu importe qu’il soit publié ou non, je vais l’écrire pour laisser la trace d’une femme du vingtième siècle qui a bravé tant de choses, qui a pleuré et dansé, qui a aimé et choyé, qui a dominé par la tendresse et l’amour, une belle femme.

Publié le 07/02/2018 par Claudine Tixier

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