J’ai une admiration sans borne pour mes grands parents paternels. Ce n’était ni des gauchistes, ni des anarchistes, ni des extrémistes, juste des citoyens ordinaires qui surnageaient dans un siècle dense, parfois terrible.
Témoins et acteurs du siècle dernier, ils ont tout vécu et tout surmonté. Ils ont connu deux guerres, l’aisance puis la misère, la perte d’un enfant aussi. Ils ont toujours redressé la tête, vent debout contre les aléas de la vie, unis dans les rires et les pleurs, toujours unis, toujours solidaires jusqu’à ce que la faucheuse les sépare et nous sépare.
C’est mon héritage, le seul qui vaille. Ils n’ont pas laissé beaucoup de matériel à leurs enfants et petits enfants, mais des valeurs de courage et de solidarité dont je veux être digne.
Ils n’ont certes pas participé aux luttes sociales, le métier de musicien de mon grand père ne s’y prêtant pas, mais ont toujours été attentifs aux changements de la société, acceptant bon gré mal gré la pagaille qu’engendrent des contestations, plein de mansuétude pour les luttes sociales. Ils ne m’ont pas appris la subversion, ils étaient légitimistes, mais m’ont donné tout l’amour qui fait que l’on n’a plus peur de rien et qu’on aime à son tour. Un sens de la famille profondément marqué, complètement subjectif mais tellement protecteur.
De souche italienne, il appliquaient ce précepte latin qui dit « la famille avant tout ». Dans cette famille, on inventait même son langage, code de reconnaissance, de l’entre soi.
Et lorsqu’on vit dans ce cocon protecteur, on a une liberté d’observation qui fait mesurer sa chance mais ne libère pas des autres, heureusement. De leur bonté est né l’altruisme, le respect et la tolérance, du moins j’essaye.
Sans le savoir, ils m’ont donné des valeurs de gauche, valeurs immuables et non négociables.


