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il était une fois au pays des lumières de Luna

Il était une fois quelque part dans l’univers une jolie planète bleue…

 

Depuis toujours elle prenait soin de ses habitants sans jamais rien réclamer en retour sauf peut-être quelques touches d’attention.

Ces temps derniers, quelques décennies additionnées seulement, ce qui est très peu compte tenu de son âge en milliards d’années, elle donnait des signes inquiétants de fatigue et devait puiser dans ses ressources en profondeur. Son équilibre s’enrayait et le point de rupture venait tout juste de sortir de l’utopie. La bienveillance s’était estompée au fur et à mesure de son évidente nécessité et les hommes avaient peu à peu appris à la désaimer, elle, leur principale source de vie.

 

Ce bijou de la voie lactée était immense et rond. Des terres, des mers, des océans, des montagnes, des déserts, des trésors de partout. Sur l’une de ses jolies contrées,bordée de voisines d’un côté et d’eaux profondes de l’autre, brillait le pays des Lumières. Un pays magnifique dont l’Histoire n’avait eu de cesse de surprendre le monde entier au fil du temps. Il était impossible de définir ce qui caractérisait vraiment cet endroit tant l’éventail de ses beautés, de ses libertés et de ses contradictions était ouvert.

Et que dire de son peuple qui des siècles durant avait su démontrer sa force, son courage, son intelligence, sa créativité, sa résilience à l’infini… l’attachement puissant des hommes à cette terre se ressentait au plus profond du cœur, enraciné pour toujours dans la mémoire collective des générations qui se succédaient. Combien d’illustres personnages ? combien de victoires ? combien de savoirs ? combien de défaites surmontées ? combien de leçons du passé ignorées ou apprises ? une multitude sans aucun doute !

 

C’était assez étrange mais depuis quelques centaines de lunes, le mal qui rongeait Dame Nature n’était plus le seul à se répandre sur la Terre. Quelque chose s’était déréglé dans le monde des hommes comme une bascule lente et invisible entraînant tout sur son passage. Insidieux, sournois, ce Vilain discret s’était offert le luxe de prendre plusieurs visages et n’en finissait plus de devenir le maître des lieux sans que cela n’imprime dans les esprits. Comme si ne plus prendre soin de la planète bleue avait conduit les hommes à ne plus prendre soin d’eux-mêmes.

 

Out of order the take care ! Envolée la bienveillance ! Émiettée la bonté !

 

Le pays des Lumières n’échappait pas à ce chapitre morose qui s’éternisait un peu. L’époque était cruelle, le XXIème siècle commençait tout juste et la douleur était sans cesse ravivée par de tristes événements. En ces temps sombres de doute, de remise en question, de désillusion, de pauvreté des espoirs… les élections présidentielles françaises approchaient.

 

*********

 

Zoé était furax ! Elle venait de terminer le journal et encore une fois comme depuis des semaines interminables, c’est affreux personnage faisait parler de lui. Ce satané voleur de la République n’en ratait pas une ! Une pensée saugrenue traversa l’esprit de la jeune femme, elle s’imaginait le pousser dans les douves de son château et le regarder se débattre au milieu des algues et de la boue saumâtre… ça lui ferait les pieds !

Mais cette fois-ci, il ne manquait vraiment pas d’air !

« Incroyable, inadmissible, écœurant ! » s’énerva-t-elle.

Pour cette jeune femme mère de famille, aimante et pétrie de valeurs, les propos qu’il avait tenus à cette journaliste enceinte lors de la dernière émission politique -la pauvre elle n’avait pas eu d’autres choix que de se taire en plein direct-, était une nouvelle preuve de la mauvaiseté et de la misogynie de cet immonde individu. La grossesse de cette pauvre Léa l’aurait empêchée de suivre les actualités ! Elle est bien bonne celle-là ! Quel mufle !

C’était la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase de sa tolérance. La solidarité féminine avait pris le dessus et la seule chose qui apaisait Zoé était la certitude que cet imposteur allait payer de sa défaite cette farce épouvantable qu’il venait de jouer à son parti, ses électeurs, ses sympathisants et donc elle-même.

 

Cette campagne était aussi folle qu’elle était cruciale et impossible de savoir ce qu’il allait se passer mais il était évident que le prochain chapitre de la politique à rajouter dans les manuels d’histoire du pays des Lumières s’écrivait sous les yeux de Zoé qui considérait cela comme un privilège.

Mais quel gâchis, quel dommage surtout, elle était convaincue que le programme de cet imposteur aurait pu redresser l’économie de ce pays qu’elle chérissait tant, redonner du souffle à toutes ces entreprises, de l’espoir pour les prochaines années. Et quand bien même les premiers résultats de ces intenses efforts à fournir ne pourrait se mesurer avant une dizaine d’années, il le disait lui-même, et bien cela valait la peine de subir cette longue période d’austérité et de privations supplémentaires, les gens s’y seraient habitués comme toujours.

 

Maintenant tout était foutu et c’était la faute d’un seul homme, elle le détestait. Alors pour qui voter, la question était devenue aussi saugrenue que sérieuse. Zoé avait bien jeté un œil aux programmes de quelques candidats mais à peine, le redressement de l’économie était loin d’être leur priorité et cela la rendait folle de voir que la plupart se prenait pour le père Noël et menaçait de plonger définitivement le pays dans un marasme économique épouvantable.

 

Cette époque était si particulière, si déroutante, les modèles trop effrités ne convenaient plus à cette société nouvelle qui pointait son nez depuis quelques années sous différentes formes et ne parvenait à trouver sa place tant les vieilles pratiques étaient finalement résistantes et rassurantes. Elle s’en rendait bien compte. Mais était-ce vraiment raisonnable de persister à vouloir maintenir en vie le vieux monde ? Il avait tellement changé, les peurs enfermaient les peuples dans de mauvais choix et les horreurs un peu partout éparpillées tous les jours témoignaient de cette dérive.

 

Au pays des Lumières, installé dans son canapé, un café bien chaud sur les genoux, Zoé n’en finissait plus de réfléchir et cela faisait des jours que cela durait. La nuit parfois elle se réveillait en sueur, trempée du front jusqu’à la taille, elle se levait et se précipitait dans la chambre de ses garçons, s’assurer qu’ils dormaient paisiblement. Comme à chaque fois, leur respiration paisible la rassurait et sur la pointe des pieds elle retournait se coucher. Elle était si fière de ses petits bonhommes qui commençaient à devenir de grands garçons.

 

Le plus grand, Tao, entamait sa quinzième année. C’était un adolescent tranquille qui se passionnait pour la cuisine mais surtout la pâtisserie. Il réussissait parfaitement les tiramisus et faisait le bonheur des papilles de sa mère. Son destin traçait ses premiers contours et il y avait fort à parier que Tao en ferait son métier. Une école prestigieuse l’avait contacté par le biais de son professeur principal et il avait réussi les tests de sélection. Après l’été, il entrerait à l’internat pour commencer sa formation.

Zoé ressenti un léger frisson lui traverser la nuque. Elle n’avait rien voulu lui dire pour ne pas le décevoir mais son maigre salaire d’aide-comptable ne lui permettrait surement pas d’assumer les frais de cette scolarité jusqu’au bout et Tao devrait travailler le week-end au magasin du grand-père s’il voulait finir son cursus. Ce n’était pas pour tout de suite alors elle avait préféré ne rien lui dire, le beurre aurait peut-être rejoint les épinards d’ici-là !

 

Le plus jeune venait de fêter ses 12 printemps. C’était un garçon très particulier qui adorait les animaux et se passionnait pour les courants marins. Depuis l’âge de 5 ans, il passait son temps libre à faire des expériences dans le jardin, sortant le ventilateur, remplissant des bassines d’eau froide, d’eau chaude, les reliant avec des tuyaux, utilisant tout le gros sel de cuisine parfois. Il invitait ses copains pour assister à ses nombreuses expériences, et même leur professeur de physique s’était déplacé une fois cette année pour se rendre compte par lui-même après un exposé incroyable du fils de Zoé sur l’utilisation du courant marin par l’homme. Sa chambre était envahie de livres sur le sujet.

Sa mère et son grand frère s’amusaient de cette passion qui prenait beaucoup de place dans la vie d’Esteban. Il leur avait déclaré qu’il deviendrait célèbre un jour car il serait ingénieur en électricité marine et sauverait la planète.

Tao et leur mère avaient souri, habitués à ces déclarations tonitruantes du petit frère, d’autant que ce métier n’existait pas et aucune école au pays des Lumières ne proposait de formation dans cette voie.

 

Ce n’était donc pas pour rien que Zoé se sentait aussi concernée, aussi inquiète aussi. Demain, l’avenir de ses enfants seraient joué à la roulette des urnes et cela lui faisait froid dans le dos.Combien étaient-ils dans son cas ? combien de mères inquiètes ? de pères ? de professeurs ? de gens ? C’était clair, le pays allait basculer dans un nouveau modèle de société, il y aurait un avant et un après mai 2017, comme avec mai 68, et d’autres dates importantes, Zoé en était convaincue.

Mais alors qui bon sang ? Qui pour prendre les bonnes décisions ? Comment choisir ? Lequel et même pourquoi pas laquelle proposerait le moins pire des programmes puisque son champion s’était transformé en Monsieur Menteur ? Sans oublier cet affreux climat de peur et de terreur auquel la population était soumise avec ce nouveau mal qui pouvait surgir n’importe quand.

 

Zoé et ses contemporains s’y étaient habitués maintenant et bien tristement cela faisait partie de leur ADN, de leur vie quotidienne, la menace était intégrée et les générations actuelles devraient vivre avec car il n’existait aucune solution pour éradiquer le mal. Il avait élu domicile dans des esprits égarés et toutes les polices du monde réunies ne parviendraient à l’anéantir. On ne tue pas une idéologie avec un tir de fusil. Elle en avait bien conscience. Mais alorsqu’en serait-il des générations suivantes ? Comment faire pour les en débarrasser définitivement ?Insupportable, trop… Zoé finit par attraper son manteau et sorti faire des courses pour se changer les idées.

 

Elle se gara au milieu du parking et arrivée au milieu de l’allée centrale du centre commercial, elle s’arrêta soudain.

 

« Est-ce que j’ai fermé la voiture ? ».

 

Incapable de s’en souvenir elle n’eut d’autre choix que de faire demi-tour. Et c’est à ce moment précis qu’elle la vit, dissimulée entre deux boutiques de vêtements hors de prix. La petite fille la fixait de ses yeux bleus malicieux avec un étrange sourire qui lui traversait la bouche.

 

« Vous devriez vous poser les bonnes questions madame et arrêter de chercher des réponses aux mauvaises. Vous êtes beaucoup à faire comme ça mais ça ne peut pas marcher. Asseyez-vous, je vais vous expliquer si vous voulez ».

 

Zoé était décontenancée. Les bras ballants, elle ouvrit la bouche mais aucun son ne sortit. Elle venait d’apercevoir deux tabourets violets derrière la petite fille, elle était certaine qu’ils n’étaient pas là quand elle lui avait parlé. C’était quoi cette histoire ? qui était cette fillette de dix ans à peine qui s’adressait à elle comme si elles se connaissaient et surtout cette question, tellement juste, tellement appropriée. Un vertige la prit et par réflexe pour ne pas tomber elle prit place sur l’un des tabourets. Après tout, ils étaient peut-être déjà là et la gamine aussi, elle n’avait pas fait attention voilà tout.

 

La petite sauta sur le deuxième en s’installant à califourchon, ses pieds ne touchaient pas le sol. Elle n’avait pas cessé de sourire sans quitter des yeux la pauvre Zoé dont le front était couvert de sueur. L’instant d’après la jeune femme s’évanouit et glissa sur le sol.

 

Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle était entourée par deux gardes de sécurité qui l’avait vue s’asseoir puis tomber. L’un d’entre eux lui tapotait la joue droite, le second maintenait sa tête avec son bras. Le premier lui tendit un verre d’eau. La jeune femme reprit ses esprits et l’accepta puis se releva doucement soutenue par les agents. Elle regarda autour d’elle l’air visiblement mal à l’aise.

 

« Où est la petite fille ? je ne la vois pas. »demanda-t-elle.

 

« Quelle petite fille madame ? » lui répondit l’un des deux gardiens.

 

« La gamine aux yeux bleus qui était avec moi il y a deux minutes » précisa Zoé d’une petite voix.

 

« Il n’y avait personne madame. Vous vous êtes assise et vous êtes tombée. Mon collègue m’a fait signe et nous voilà ».

 

Zoé était mal à l’aise, elle tremblait. La sueur était revenue sur son front et elle semblait sur le point de s’évanouir de nouveau.

 

« Hop hop hop ma p’tite dame on reste avec nous. Asseyez-vous un peu et attendez de reprendre des couleurs. Voulez-vous manger quelque chose ? je peux vous attraper une bricole ».

 

Zoé fit non de la tête et s’essuya le front avec un mouchoir que lui avait tendu le gardien resté silencieux.

 

« Vous semblez fatiguée, le travail sans doute » lui dit-il avec une voix douce. « Ah bah c’est certain que notre époque est difficile et ce n’est pas demain que ça va changer ! Il n’est pas encore né celui qui redonnera à ce pays le goût de vivre ! »ajouta-t-il.

 

Zoé sourit devant la tentative ratée de cet aimable gardien pour la réconforter.

 

« Oh non ça c’est sûr, je suis parfaitement d’accord avec vous » finit-elle par dire l’esprit toujours embué.

 

Après s’être assurés qu’elle se sentait mieux, les agents la saluèrent et allèrent reprendre leur faction près de l’entrée du centre commercial. Zoé n’avait plus du tout envie de déambuler dans les allées, elle voulait rentrer chez elle et se reposer. La fillette hantait ses pensées, elle était pourtant sûre de l’avoir vue, de l’avoir entendue, allait-elle finalement plus mal qu’elle ne le pensait ? Elle se dirigea vers sa voiture et s’installa au volant.

 

Au moment de démarrer elle aperçut un papier glissé sous l’essuie-glace. Cela ressemblait à un programme politique comme ceux qui fleurissaient partout ces derniers temps. C’était d’actualité forcément pensa-t-elle en se remémorant cette campagne folle. Quelle aventure ! Quelle épopée ! « Apocalyptique sous la 5ème » avait dit ce journaliste qu’elle aimait bien, c’était exactement cela.

Elle hésitait entre sortir et le jeter ou donner un coup de balai d’essuie-glace pour qu’il tombe quand son attention fut attirée par deux mots qu’elle venait de lire sur la page collée au pare-brise… ses yeux s’écarquillèrent et elle resta bouche bée : … courants marins …

 

Elle sortit précipitamment de sa voiture, attrapa le programme et se mit à le lire sans même regarder le nom du candidat. Le papier glacé, rouge et vert aux lettres blanches déroulaient les mesures proposées et Zoé lut le passage qui contenait les deux mots ayant attiré son attention :

 

« Pour passer à un modèle de tempérance et favoriser la transition écologique, l’utilisation de la force des courants marins comme énergie renouvelable est un gage de réussite pour atteindre une réduction de 50% des énergies fossiles à l’horizon 2025 ».

 

« Incroyable !!! » cria-t-elle en levant les bras sur le parking sans même s’en rendre compte. Elle pensa aussitôt à Esteban. Tout le rêve de son gamin était contenu dans cette seule phrase. Cette proposition laissait supposer qu’il allait falloir développer des métiers spécialisés donc mettre en place des formations et lorsque son garçon aurait à choisir son cursus, il pourrait suivre sa voie et réaliser son rêve. 2025 n’était pas si loin et petit à petit se rapprochait le monde adulte de ses garçons, l’époque suivante.

 

« Incroyable !! » répéta-t-elle.« Il propose quoi d’autre celui-là ? ».

 

Sa curiosité éveillée, Zoé parcourut le programme et découvrit cette fameuse mesure dont elle avait entendu parler plusieurs fois mais sans provoquer son intérêt. Le revenu universel d’existence.

« Pour permettre aux étudiants de suivre leurs études sans avoir à travailler pour les financer et assumer leurs besoins, cette mesure leur garantira la protection sociale à laquelle ils ont droit et qui jusqu’ici n’a jamais été prise en compte ».

 

Zoé ne put s’empêcher d’être d’accord. Elle pensa à Tao, qui pourrait suivre sa formation en pâtisserie jusqu’au bout sans avoir à travailler. En poursuivant sa lecture, elle découvrit que cela s’adresserait également aux salariés pour revaloriser leur salaire. Elle était donc directement concernée elle aussi.

En 5 minutes de lecture, elle venait de réaliser que les propositions de ce candidat l’avaient rassurée sur le devenir de ses garçons. Elle qui s’inquiétait chaque matin en se levant, qui se préoccupait tant de leur avenir, qui souhaitait par-dessus tout qu’ils s’épanouissent. C’est à ce moment que les paroles de la petite fille lui revinrent en mémoire :

 

« Vous devriez vous poser les bonnes questions madame et arrêter de chercher des réponses aux mauvaises. Vous êtes beaucoup à faire comme ça mais ça ne peut pas marcher… ».

 

« Mais bon sang qu’est-ce qu’elle voulait dire ? » se demanda Zoé.

 

Et si la réponse était dans ce programme… la jeune femme décida de le lire en entier, elle retourna dans sa voiture et s’installa derrière le volant en reculant son siège pour être à l’aise. Silencieusement elle tourna les pages les unes après les autres et lorsqu’elle eut terminé elle s’aperçut qu’elle pleurait. Ce n’était pas des larmes de tristesse mais des larmes d’espoir. Elle venait de comprendre ce qu’avait voulu dire la fillette dans l’allée du centre commercial.

 

Ce que proposait ce candidat était tout simplement la meilleure façon de planter à nouveau les graines de la bienveillance dans les mentalités pour qu’elles puissent germer et préparer pour les générations futures un monde moins sombre que celui-ci dans lequel le mal n’aurait plus beaucoup d’espace pour s’exprimer puisque le bien se serait répandu à sa place.

 

Tout le monde y passait dans ce programme, tout le monde était considéré, tout le vivant plutôt car une grande place était accordée à la protection de la nature et au bien-être animal. Elle repensa à Esteban qui depuis petit entretenait une relation si particulière avec les animaux. Et puis cela tenait la route, c’est ce qui avait le plus étonnée Zoé lorsqu’elle avait découvert que c’était le programme du candidat le plus faible du parti opposé à celui dont elle se réclamait depuis toujours.

Situation parfaitement burlesque pour elle. Même économiquement cela ne semblait pas irréel mais plutôt bien pensé et réalisable. Elle avait été scandalisée par l’affaire des Panama Papers l’année dernière et les propositions pour lutter contre l’exil fiscal était nettes et tranchées dans ce programme. Il proposait également de taxer les robots qui remplaçaient petit à petit les postes de travail des hommes pour financer leur reconversion, c’était une bonne idée, il fallait le reconnaître. Elle avait également été mise en avant par Bill Gates, Zoé se souvenait d’avoir lu un article à ce sujet récemment. Et ce candidat l’avait évoqué bien avant lui. Et tout était comme ça presque. Toutes les mesures d’un mec invisible et à la ramasse dans les sondages ressemblaient à des premières pierres qui constitueraient les bases du monde de demain, à des graines que l’on plantait et qu’il fallait arroser, soigneusement, régulièrement, patiemment. Il fallait des jardiniers simplement des jardiniers.

«Ah mais je me souviens maintenant… le futur désirable, il appelait cela comme ça je crois bien… » pensa-t-elle tout haut.

 

La considération apportée à tout le panel de la société s’ajoutait à cette vision innovante de son organisation.Et c’était cela la clef. Le sens qu’il fallait donner au vote de demain. Ne pas voter pour nous de cette époque et notre propre confort, notre propre bien-être mais pour eux, les futurs hommes et femmes de cette société. Les enfants et petits-enfants d’aujourd’hui, de demain du futur.

 

Ne pas voter pour que notre génération aille mieux mais pour que les suivantes puissent s’épanouir en prenant le relais sans avoir à réparer, à supporter, à assumer tous les mauvais choix que nous aurions fait.

Il fallait poser ses premières pierres, c’était de notre responsabilité. Ne pas choisir d’engraisser les entreprises de notre époque mais penser à comment pourront se développer celles du monde futur dans l’environnement que nous laisserons. Anticiper toutes ces évolutions qui allaient nous tomber sur la tête au fil des années et des progrès du numérique et de la médecine qui fait vivre les gens plus vieux.

 

Et puis ce type proposait de prendre soin des gens, des jeunes, des aînés, des salariés, des étudiants, des agriculteurs, des animaux, de l’environnement, les valeurs qu’il portait n’étaient pas critiquables point final, il avait raison : bienveillance, fraternité, solidarité, écologie, démocratie. Si les gens allaient mieux d’ici quelques années, si les jeunes retrouvaient le goût de grandir et d’être grand, si le pays des Lumières retrouvait son éclat auprès de ses voisins, alors nous pouvions espérer que les enfants de nos enfants et les suivants vivent dans un monde ou le bien soit plus attrayant que le mal.

 

Zoé venait de comprendre le plus important, maintenir le peuple dans une vie austère, de privations, sans lendemains enchanteurs, sans amélioration de la vie quotidienne pour les plus pauvres, les plus faibles ne ferait que prolonger cette époque morose et dangereuse. C’était bien sûr tout l’inverse qu’il fallait faire !

Il fallait redonner de l’espoir, de l’envie, il fallait œuvrer à rassembler les gens et leur redonner le goût des autres plutôt qu’à assurer les marges des entreprises. Ce n’était pas cela l’essentiel, ce n’était plus les mêmes risques qu’il fallait prendre, le monde était bien trop différent qu’il y a 30 ou 40 ans.

 

Le déclic se fit à cet instant dans son esprit ! C’est pour cela que cela ne marchait pas depuis toutes ces années, parce que l’on n’avait pas su évoluer avec les changements, utilisant les mêmes modèles, les mêmes références poussiéreuses pour donner une légitimité aux mauvaises réponses que nous donnions aux mauvaises questions posées, en se trompant de temporalité. De façon égoïste, sans jamais se projeter dans le futur et penser aux lendemains même lointains de nos enfants.

 

La petite fille avait raison, tout le monde se trompait !

 

Zoé rentra chez elle apaisée, elle pensait à ses garçons et imaginait déjà leur futur si ce candidat l’emportait. Sa décision était prise, le bulletin qu’elle glisserait dans l’urne demain serait un vote POUR. Elle voterait pour le futur désirable que nous devons offrir aux générations suivantes, c’était de sa responsabilité, c’était de la nôtre…

 

Demain Zoé, comme des millions de gens, irait faire battre le cœur de la France !

Publié le 29/03/2018 par Claudine Tixier

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